Syndicats

États généraux de l'alimentation

Deux syndicats agricoles (très) agacés

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La Coordination rurale a poussé aujourd’hui un nouveau cri d’alarme à propos des états généraux de l’alimentation, se disant « très inquiet » de la tournure prise par les ateliers, qui doivent permettre notamment d’améliorer le prix payé au producteur. Au même moment la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, s’est inquiétée, des propos de plusieurs membres du gouvernement concernant l’usage des produits phytosanitaires, l’un des sujets du deuxième chantier des états généraux de l’alimentation, à partir de mi-octobre.

« Alors que les États généraux de l’alimentation ont débuté depuis 2 semaines, la Coordination Rurale est très inquiète de la tournure des discussions », indique le syndicat agricole, pour qui « les responsables de la crise agricole (présidents de coopératives, industries agroalimentaires, distribution…) sont aux manettes des ateliers et pas vraiment décidés à rompre » avec un système « qui fonctionne pour eux ». Alors que le syndicat souhaiterait oeuvrer pour « la reconquête du marché intérieur », il estime ainsi que « l’ultralibéralisme de l’atelier visant à faire rayonner l’excellence du modèle alimentaire de la France (atelier 4) pose question puisque la France est loin d’être autosuffisante et importe à tour de bras des protéines végétales, de la viande, des fruits et des légumes ». Évoquant le ressassement d’idées « qui ont pourtant montré leurs limites », la Coordination rurale estime que « rien n’est fait pour ouvrir le débat »: « Il nous est interdit de parler des prix mondiaux et du besoin de changer la PAC (politique agricole commune, qui fixe les aides européennes). La plupart des discussions s’orientent vers une solution unique déplorable : l’export », déplore Bernard Lannes, président du syndicat. L’organisation affirme enfin qu’ »il n’est plus question de trouver des solutions pour que les coûts de production des agriculteurs soient au moins couverts« , et réclame un prix payé aux producteurs « basé à partir d’un coût réel de production auquel il faut rajouter une juste rémunération« . Le syndicat affirme toutefois rester « déterminé à y faire entendre la voix des agriculteurs« . Dès le lendemain de la première journée des ateliers, le 2ème syndicat agricole français s’était dit « déçu » de la tonalité des discussions, par la voix de son président d’honneur François Lucas.

Des déclarations « faites pour servir des postures parisiennes et politiques »

Mme Lambert de son côté a cité une petite phrase sur la fin des produits phytosanitaires que le Premier ministre, Edouard Philippe, aurait prononcée, selon elle, lors de sa visite à la foire de Chalons, et l’annonce, par le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, que la France s’opposera à l’utilisation du glyphosate. Elle a dénoncé des déclarations « faites pour servir des postures parisiennes et politiques, mais qui tournent le dos aux agriculteurs« , et qui provoquent « inquiétude, amertume, et colère« . « Ces petites phrases intempestives, c’est tueur de démocratie« , dit la présidente de la FNSEA. « Cela ressemble à une préemption du deuxième chantier des états généraux de l’alimentation (EGA)« , a-t-elle ajouté. Evoquant les EGA, elle affirme : « nous sommes prêts à travailler en confiance, mais pas à nous faire entourlouper ! Si tout est joué d’avance qu’on nous le dise, on ne fera pas de figuration ». « Transformation est un mot qui nous va bien, mais si la transformation se fait sans nous, elle se fera contre nous« , dit-elle. « C’est quoi le projet? on n’a pas eu le temps d’y répondre que déjà on parle d’interdire les phytosanitaires« , a encore déclaré Mme Lambert. Celle-ci a demandé à rencontrer le Premier ministre et le président, Emmanuel Macron, avant son intervention le 11 octobre dans la Manche, pour annoncer ses propositions à l’issue du premier chantier des EGA. La présidente de la FNSEA informe également avoir « demandé un rendez-vous à M. Hulot, il y a 15 jours, mais n’avoir aucune nouvelle« . « M. Hulot, ne peut pas parler autant d’agriculture sans rencontrer les principaux intéressés« , dit-elle. Les états généraux de l’alimentation voulus par le président Emmanuel Macron se dérouleront en deux temps en octobre et novembre : le premier chantier en septembre porte sur la création et la répartition de la valeur, donc les prix agricoles, le second doit permettre de proposer des solutions pour une alimentation « saine, sûre, durable et accessible à tous ».