Parlement

Angélique Delahaye

L’agricultrice prête à secouer le Parlement de Strasbourg

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Le moins que l’on puisse dire à quelques jours du scrutin des élections européennes, c’est que l’on n’a pas franchement été noyés d’informations et encore moins d’idées, liées à l’importance de l’agriculture et de l’alimentation dans les enjeux européens (voir notre édito).  Alors, quand on trouve une bonne militante de ces causes communes, qui connaît son sujet et qui bat la campagne avec le désir et l’enthousiasme de faire bouger les choses, on l’écoute avec grande attention. Angélique Delahaye, 51 ans, agricultrice version maraichère, et depuis peu maire de sa commune de Saint Martin-Le-Beau près de Tour, devrait en toute probabilité rejoindre les bancs du Parlement de Strasbourg la semaine prochaine sous les couleurs de l’UMP côté national et du PPE côté Europe. Elle nous a accordé un entretien entre deux meetings.

Angélique DelayeAlimentation Générale : À une semaine du scrutin, quel regard portez-vous sur cette campagne, au regard des sujets qui vous animent ?
Angélique Delahaye 
: S’il est bien une politique européenne qui concerne nos concitoyens et qui est la seule qui a une vraie dimension, c’est la politique agricole. On peut évidemment être fiers de nos projets dans l’aérospatiale, mais ça ne concerne globalement que la France et l’Allemagne. La politique agricole commune (PAC), elle, concerne tous les Etats de l’Union. Au regard de son importance, il est vrai qu’elle a été peu mise en avant.

AG : En dehors de la PAC, y-a-t-il d’autres sujets qui auraient dus, selon vous, être portés par les candidats ?
AD
 : Certainement ! Et au moins un qui m’est cher en tant que Présidente de SOLAL (Solidarité alimentaire, une Banque alimentaire pour le programme d’aide aux plus démunis –NDLR) et qui n’a fait l’objet d’aucune discussion : l’aide alimentaire. Or, les instances européennes ont été à deux doigts de supprimer le programme européen de distribution de denrées alimentaires aux personnes les plus démunies. Le PPE a réussi à sauver cette politique. Le Président des Restos du cœur s’est beaucoup époumoné sur la pérennisation de cette aide, mais sans grand succès. Il me semble pourtant que c’est un sujet qui intéresse tous nos concitoyens et qui est plus urgent que le futur accord transatlantique qui en est seulement au stade des discussions préliminaires.
L’autre sujet dont j’aurais bien aimé débattre est cette propension des hommes politiques de tous bords dans ce pays à vouloir laver plus blanc que blanc quand il s’agit d’appliquer une Directive européenne.

AG : Que voulez-vous dire par là ?
AD 
: Quand vous avez une Directive sur l’environnement, elle s’applique par principe uniformément de la même manière aux 27 États de l’Union. Mais si je prends par exemple les normes phytosanitaires dans la filière maraîchère que je connais bien, les français ont tendance à toujours vouloir être les premiers de la classe et à faire plus que ce que l’Europe demande réellement. Résultat, les espagnols qui n’appliquent que la norme européenne rentrent dans un processus de concurrence déloyale avec nous. Et politiquement, pour nos concitoyens, ce sera toujours la faute de l’Europe !

AG : Dans votre famille politique, l’UMP, entre un courant Juppé très européaniste et Guaino très souverainiste, vous semblez très militante de la cause européenne ?
A.D. 
: En tant que professionnelle de l’agriculture, je ne vois pas très bien comment je ne pourrai pas l’être. Pour le reste, il peut y avoir des avis divergents dans un Parti, mais pour 95% de ses membres, l’UMP est un parti qui soutient une Europe forte.

A.G. : Vous allez bientôt siéger pas très loin du français José Bové, candidat pour les Verts en duo avec l’allemande Ska Keller pour la présidence de la Commission européenne.
Quelles sont vos divergences majeures ?
A.D. : D’un point de vue général, je n’aime pas opposer en agriculture les gros et les petits. Je dis toujours, « la bonne taille, c’est quand les pieds touchent par terre ». Je suis pour une agriculture plurielle. J’ai récemment fait un voyage aux Etats-Unis avec d’autres professionnels et on a pu noter à quel point leur pragmatisme était efficace pour répondre à l’attente des consommateurs. Ils font moins de grands discours mais savent adapter la taille de leurs entreprises au marché.

AG : Quelles spécificités pour la filière fruits et légumes que vous représentez ?
AD 
: Je dirige une entreprise de 47 salariés de sept nationalités différentes. J’apprends beaucoup avec eux sur les cultures alimentaires. J’avais demandé à Guillaume Garot (Ministre Délégué à l’Agroalimentaire du Gouvernement Ayrault – NDLR) de mettre en place une politique de remise à l’honneur des légumes qui passe essentiellement par une l’éducation au goût afin que chacun puisse apprendre à les apprécier et à les cuisiner. J’aimerai poursuivre cette action.