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Nigeria : les violences affectent les récoltes, les prix flambent

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Poussés par Boko Haram au nord du pays, les pasteurs peuls musulmans se déplacent vers le Sud, peuplé d’ethnies minoritaires d’agriculteurs souvent chrétiennes. Cette nouvelle configuration réveille un conflit pastoral et affecte les récoltes.

Anyebe Peter n’est pas retourné à sa ferme depuis l’attaque de son village, dans le centre du Nigeria, il y a près de trois mois, par des bergers peuls. Sept personnes ont été tuées, 250 maisons rasées.

« Les assaillants ont tout détruit. Les fermes, les plantations… Nous n’avons plus rien à vendre ni à manger« , se désole ce paysan d’Adagbo, dans la région d’Agatu, sur les rives du fleuve Benue. En tout, un vingtaine de villages d’Agatu ont été attaqués par des bergers peuls en février, selon les responsables locaux. L’un d’eux affirme qu’il y a eu près de 500 morts. Un chiffre donné également par David Mark, l’ancien président du Sénat, qui représente la région. Mais selon les témoignages compilés par l’AFP dans cinq villages censés avoir été les plus touchés, on parvient à un bilan d’environ 50 morts.

Au-delà des pertes humaines, les dégâts matériels sont considérables. Des centaines de foyers ont été détruits, ainsi que des mosquées, des églises, des écoles, et les greniers qui abritaient les réserves de nourriture.  »Normalement, après la récolte, on emmène le riz dans les usines de transformation d’Abakaliki (sud-est) et de Kaduna (nord) avant de le vendre à Lagos et dans les Etats du sud« , explique le représentant de la jeunesse d’Adagbo. « Mais là nous n’avons rien à manger ni à vendre (…) Notre unique source de revenus s’est volatilisée avec ces tueries« .

La « middle belt » du Nigeria

Cela fait des années que les éleveurs peuls, nomades et musulmans, et les cultivateurs chrétiens, sédentaires, s’affrontent sur les droits de pâturage, dans les Etats de Benue, Taraba, Plateau, Nasarawa et Kogi, qui forment la « Middle belt » du Nigeria, une zone de tension, dans le centre, entre musulmans du nord et chrétiens du sud. Mais les choses ont empiré récemment.

Selon l’Indice du Terrorisme Mondial, les bergers peuls ont tué 1.229 personnes en 2014, contre seulement 63 l’année précédente. Or ces cinq Etats produisent une grande partie des aliments de base consommés dans le sud, de l’igname aux pommes de terre en passant par le riz, les tomates, les oignons, le blé, les potirons. Plus au nord, les récoltes sont déjà très affectées par sept ans d’insurrection islamiste: les violences perpétrées par Boko Haram ont poussé plus de deux millions de personnes à abandonner leur foyer et leurs cultures.

« La faim sous nos yeux »

Les mauvaises récoltes assorties à la hausse des coûts de transport – le prix du carburant a augmenté de 67% récemment – ont fait grimper les prix dans les marchés à l’échelle nationale. Dans un pays largement dépendant des importations, la chute des cours de pétrole a entrainé une pénurie de devises étrangères, qui a aussi fait monter les prix de nombreux autres produits. Selon le Bureau nigérian des statistiques, l’inflation a continué à monter en avril pour le sixième mois consécutif, atteignant notamment 13,2% pour la nourriture.

Les produits les plus touchés: le poisson, les fruits et légumes et les céréales. Dans l’immense marché de Ketu-Mile 12, un des principaux de Lagos, la capitale économique, à peine un quart du nombre de camions habituel arrive du nord tous les jours, explique Jubril Magaji, un des responsables des lieux.  »J’ai acheté quatre tomates pour 200 nairas (0,87 euros) au lieu de 50 nairas habituellement, se lamente une cliente, Peju Adegoke. « Un igname qui coutait 250 nairas il y a quelques mois coûte maintenant 600 nairas… La faim est là, sous nos yeux« .