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Aléna, le traité qui met plus de fruits et légumes dans les assiettes américaines

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Des pyramides d’avocats, de mangues, de papayes ou de poivrons, estampillés « Mexico », inondent les étals des supermarchés. Vertement critiqué par Donald Trump, l’accord commercial Aléna a pourtant changé la composition des assiettes des Américains. En une vingtaine d’années, les rayons des magasins se sont radicalement transformés avec une profusion de fruits et légumes frais, quelle que soit la saison, grâce au traité de libre-échange nord-américain (Aléna), actuellement renégocié entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

« J’ai 49 ans et je me souviens quand j’étais petit et que je demandais à ma mère en hiver où sont les fraises?, elle me répondait que ce n’était pas la saison« , raconte Jaime Chamberlain, qui dirige l’entreprise familiale J-C Distributing, spécialisée dans l’importation et la distribution des fruits et légumes en provenance du Mexique. « Il y a désormais toute une nouvelle génération qui ne connaîtra jamais ce manque« , dit-il. L’Aléna n’avait cependant pas pour vocation de modifier le régime alimentaire aux États-Unis, souligne Steven Zahniser, économiste et chercheur au ministère américain de l’agriculture. Pourtant, il y a une corrélation entre cet accord et un accroissement de la consommation de fruits et légumes frais. Car « l’Aléna a éliminé tous les droits de douanes entre les trois pays« , ajoute-t-il.

Moins chers

Avant l’entrée en vigueur de l’Aléna en 1994, les taxes étaient « astronomiques« , rappelle Jaime Chamberlain. Les melons étaient par exemple taxés à 30%, les tomates à environ 20%. Difficile dans ces conditions de les exporter vers les États-Unis et pour les consommateurs d’acheter des produits frais à la fois variés et à prix abordables. Seuls trois ou quatre états du Mexique exportaient alors vers les États-Unis. Aujourd’hui, tous les états expédient leurs produits frais vers leur voisin, explique M. Chamberlain qui a repris les rênes de la société en 1987. « Il y a eu une augmentation fantastique de la croissance de l’agriculture mexicaine qui, in fine, a bénéficié aux consommateurs américains mais aussi canadiens« , dit-il. L’exemple de l’avocat mexicain est à cet égard des plus éloquents.

Pour ainsi dire banni des États-Unis jusqu’en 1993 pour des questions phytosanitaires, l’Aléna a ouvert les vannes à ce fruit aujourd’hui massivement consommé à travers l’Amérique. Sa consommation a en effet triplé depuis ce traité, selon le ministère de l’Agriculture. Les États-Unis sont même devenus les plus gros importateurs d’avocats au monde pour satisfaire une demande en constante progression. Il y a 25 ans, les importations d’avocats étaient nulles. Elles s’élèvent désormais à un milliard de dollars par an, précise M. Zahniser.

Guacamole pour le Super Bowl

La présence d’une importante communauté mexicaine aux États-Unis a en outre contribué à populariser son utilisation dans les sandwiches, les salades mais aussi sous forme de guacamole, cette crème d’avocat agrémentée d’ail et de citron consommée avec des nachos, devenu l’encas le plus populaire du Super Bowl, sommet sportif et télévisuel de l’année aux États-Unis. « On trouve du guacamole dans tous les restaurants« , renchérit M. Chamberlain. « C’est un encas équilibré« . « Les gens sont davantage conscients des bonnes graisses dans les aliments comme les graisses mono-insaturées que l’on trouve (précisément) dans les avocats« , note de son côté Agnès Perez, économiste au ministère de l’Agriculture dans une étude récente sur l’avocat et l’Aléna.

En outre, à la faveur de campagnes d’information pour impulser une alimentation équilibrée, les fruits rouges connaissent eux aussi un appétit grandissant des Américains. Les importations en provenance du Mexique de « fraises, framboises, myrtilles et mûres sont une des plus belles histoires à côté de celle des avocats« , estime Jaime Chamberlain. « La demande est extraordinaire« . Parce que, avance-t-il, depuis une dizaine voire une quinzaine d’années, ils sont considérés comme « un puissant carburant du cerveau« . L’Aléna est aussi, selon lui, un formidable laboratoire d’expérimentation de nouvelles variétés de produits frais à l’instar des mini poivrons qui colorent les étals. « Pour un chef, l’Aléna offre la garantie de trouver 365 jours par an tous les ingrédients dont ils ont besoin« , souligne M. Chamberlain. Dans un pays où près d’un adulte sur trois est obèse, l’enjeu, dit-il, est de fournir aux Américains de beaux fruits et légumes qui donnent envie d’être mangés, mais qui sont surtout encore plus savoureux. « L’Aléna a rendu les choses plus abordables mais libre à chacun de les acheter et de les consommer« .
Par Delphine TOUITOU pour AFP