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Les 13 doléances à la table de la Confédération Paysanne

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Le 19 janvier 2017 se tenaient à Saint-Denis les Assises de l’agriculture et de l’alimentation. La Confédération paysanne, en collaboration avec une vingtaine d’organisations citoyennes, y présentait 13 doléances – clin d’œil aux cahiers de doléances de 1789 – en faveur d’un « accès pour tous à une alimentation de qualité, produite par des paysans qui vivent de leur travail et pratiquent une agriculture paysanne ». Ou l’idée de politiques agricoles et alimentaires qui se parleraient entre elles, se mettraient au service des citoyens, et se traduiraient par produire moins et mieux pour manger mieux.

La genèse de ce travail, c’est Laurent Pinatel, porte-parole de la Conf’, qui la rappelle. On est alors en pleine lutte contre la Ferme des 1000 Vaches. Interpelé sur ce modèle d’agriculture en visible contradiction avec son discours en faveur de l’agroécologie, le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, répond en substance que l’agriculture industrielle est nécessaire… pour nourrir les pauvres. La vision politique est celle d’une alimentation à deux vitesses, sensée être le miroir d’une société tout aussi manichéenne. Et cette dualité des modèles alimentaires justifie celle des modèles agricoles, qui en retour l’entretient.

Si la Conf’ entend défendre l’agriculture paysanne, il va falloir qu’elle se mêle aussi d’alimentation. Le lien agriculture-alimentation est déjà présent dans la pratique quotidienne des paysans du syndicat sur leur ferme ou au sein de leur territoire, il devient désormais central dans le discours et l’action au niveau national.

Exercice de démocratie alimentaire

Afin d’aborder les sujets de l’agriculture et de l’alimentation dans toute leur complexité – sociale et environnementale notamment – la Conf’ lance un appel à des organisations de la société civile qui œuvrent dans les domaines de l’environnement, du foncier, du climat, du bien-être animal… Une vingtaine répond présent à l’appel, parmi lesquelles Terre de Liens, Générations Futures, Les Amis de la Terre, Attac, le CIWF, les CIVAM, Réseau Action Climat…

L’ état des lieux dressé par ce collectif sert de base à une trentaine de rencontres citoyennes organisées sur divers territoires, urbains ou ruraux, de l’Auvergne à l’Alsace, en passant par l’Île-de-France et la région PACA. Au-delà d’être des espaces de dialogue entre paysans et citoyens, ils proposent de dépasser les constats et, dans un véritable exercice de démocratie alimentaire, de co-construire des propositions de politiques agricoles et alimentaires. Un millier de personnes y participent.

La synthèse de ces 6 mois de travail trouve son expression dans les 13 doléances listées ci-dessous. La connexion agriculture-alimentation y est bien sûr centrale, condition nécessaire pour imaginer une agriculture paysanne et un droit citoyen à une alimentation de qualité. Y sont posées les bases d’un nouveau pacte entre paysans et société, citadins et monde rural. On y comprend que choisir ce que l’on produit et ce que l’on mange est un acte politique car, au-delà de conditionner ce qui se retrouve dans nos assiettes, ce choix dessine les paysages et les formes d’organisation du travail dans le monde paysan.

Les 13 doléances

Il est primordial de …
1. Mettre fin à la dualité des modèles agricole et alimentaire.
2. Avancer vers la souveraineté alimentaire afin d’articuler les politiques agricoles et les politiques alimentaires pour assurer une alimentation de qualité accessible à tous et à toutes !

Ce qui implique … De transformer le monde agricole
3. Combattre les principes du libre-échange, notamment pour les produits agricoles et alimentaires, afin de mettre un terme aux dumpings écologiques et sociaux à l’œuvre.
4. Maîtriser et répartir les volumes de production pour réguler les marchés agricole et alimentaire.
5. Mettre en œuvre des contrats de transition vers une agriculture paysanne, une alimentation de qualité et une relocalisation de la production et de la distribution.
6. Faciliter l’accès au foncier et l’installation pour les porteurs de projets agricoles tournés vers la production d’alimentation de qualité.
7. Améliorer le bien-être animal et organiser la transition alimentaire vers des régimes moins carnés : mangeons mieux !
8. Développer la structuration logistique pour les circuits alimentaires locaux : une restauration collective publique et privée de qualité, une aide alimentaire de qualité sont des leviers forts de transition.

… De transformer l’expression démocratique sur ces questions
9. Ouvrir aux organisations citoyennes les lieux de décisions sur les politiques agricoles et alimentaires.
10. Mettre en place des politiques d’éducation à l’alimentation et à l’agriculture pour limiter l’impact de la publicité sur la consommation.
11. Améliorer l’information à destination des consommateurs.

… De réaffirmer les fondements de la solidarité et des droits dans notre société
12. Assurer un droit au revenu aux paysans.
13. Transformer les moyens permettant à tous d’avoir accès à une alimentation de qualité.

L’appel à une démocratie alimentaire, un changement de donne agricole, l’incompatibilité entre libre-échange et souveraineté alimentaire… On retrouve dans ces propositions de nombreux points communs avec le Manifeste pour une exception agricole paru dans nos colonnes et qui sera au cœur de « Sortons l’agriculture du Salon! » le 25 février, que nous co-organisons au Carreau du Temple à Paris.

Nous aurons d’ailleurs l’occasion d’en débattre avec Emmanuel Aze, secrétaire national de la Confédération paysanne, qui prendra part à l’atelier « Démocratie alimentaire et territoires ».