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Conseil extraordinaire lundi des ministres de l’Agriculture

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Un conseil extraordinaire des ministres de l’Agriculture européens se réunit lundi pour discuter des mesures à prendre afin de remédier à la crise que traversent plusieurs filières agricoles, notamment le lait et le porc, mais les solutions avancées ne font pas forcément l’unanimité. Dans toute l’Union européenne, les éleveurs souffrent de l’effondrement des cours du lait et des viandes bovine et porcine, dû à l’embargo russe, à la baisse de la demande mondiale de lait, en particulier en Chine, et à une augmentation de la production (+4,5% dans l’Union européenne en 2014 pour le lait). La Russie représentait 10% des exportations agricoles européennes. On estime qu’il y a 100.000 à 150.000 tonnes de porc supplémentaires sur le marché européen depuis la fermeture du marché russe.

Manifestations attendues à Bruxelles

L’Europe est intervenue récemment pour que soient retirées 60.000 tonnes de viande du marché via une aide au stockage privé, mais sans l’effet escompté sur les prix. Cet été, les agriculteurs ont manifesté de l’Allemagne à la Grande-Bretagne pour demander des mesures de soutien, mais c’est en France que la fronde a été la plus spectaculaire. Côté Commission européenne, on souligne que les pays Baltes et les nouveaux États membres souffrent particulièrement. Les agriculteurs français ont de nouveau fait une démonstration de force jeudi en bloquant une partie de Paris avec plus de 1.700 tracteurs, et une nouvelle manifestation est prévue lundi à Bruxelles avec des délégations attendues notamment de Belgique, de France et d’Allemagne. Sous la pression des éleveurs français, le ministre de l’Agriculture français Stéphane Le Foll a demandé la tenue d’un conseil exceptionnel des ministres européens. Avec l’Espagne, l’Italie et le Portugal, la France compter demander une enveloppe pour venir en aide aux agriculteurs les plus touchés, un relèvement du prix d’intervention sur le marché du lait pour la poudre et le beurre, afin de soutenir les cours, ainsi que des mesures de stockage pour le porc. Aujourd’hui, le mécanisme de soutien européen pour le lait ne se déclenche que lorsque le prix tombe à 220 euros la tonne: compte tenu des coûts de production, la filière française souhaiterait qu’il soit relevé autour de 270 à 280 euros la tonne.

Phil Hogan pas très enthousiaste

Mais ces demandes ne semblent pas faire l’unanimité parmi les Européens, dont le commissaire à l’Agriculture Phil Hogan qui n’est pas très enthousiaste, alors que le mécanisme d’intervention a déjà été déclenché au cours de l’été pour certains États membres, notamment les pays Baltes. Fin août, M. Hogan se disait même « réticent » jugeant qu’une telle décision irait à l’encontre de l’orientation libérale prise par la politique agricole commune (PAC) dans les années 2000 et insistait plutôt sur la conquête de nouveaux marchés, au travers d’accords commerciaux. « Il faut discuter de la manière dont on accompagnerait un éventuel relèvement du plafond d’intervention« , a reconnu M. Le Foll après s’être entretenu lundi à Berlin avec ses homologues allemand Christian Schmidt et polonais Marek Sawicki, qu’il avait rencontrés dans le but d’arrêter des positions communes.

Les aides directes font débat

Autre point d’achoppement, le financement du mécanisme de stockage de produits agricoles, qui permettrait de retirer provisoirement du marché la surproduction européenne pour relancer les prix. Sur cette question, « la discussion n’est pas terminée« , a dit M. Schmidt. Même chose sur la question d’éventuelles aides directes, qui « fait débat« , selon M. Le Foll. Les pays du nord et du sud de l’Europe semblent en revanche d’accord pour demander à la Commission européenne de mettre de l’argent sur la table destiné à soutenir les exportations de lait et de viande en dehors de l’UE. Quelque 440 millions d’euros issus des « super prélèvements » — les amendes payées par les producteurs de lait en surproduction par rapport à leurs quotas — ont d’ores et déjà été comptabilisés dans les recettes du projet de budget 2016, mais cette manne pourrait être plus importante et certains voudraient bien puiser dedans pour financer de nouvelles mesures. Les quotas quant à eux ont pris fin au 31 mars. Pour maintenir la pression, l’association des syndicats agricoles européens, le Copa-Cogeca, organise une journée « d’action forte » à l’occasion de ce Conseil européen. Plusieurs milliers de manifestants sont attendus sous les fenêtres des ministres.
Marine LAOUCHEZ avec Emmanuelle TRECOLLE pour AFP