Europe

Une avancée sur la provenance de la viande dans les plats cuisinés

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La Commission européenne a autorisé la France à expérimenter durant un an l’étiquetage de l’origine des viandes et du lait dans les produits transformés, une victoire pour l’hexagone qui y voit un moyen de promouvoir son élevage en pleine crise.

En marge du Conseil des ministres de l’Agriculture, qui se déroulait lundi à Bruxelles, « la Commission a donné un accord de principe à la France pour expérimenter l’étiquetage de l’origine des viandes et du lait dans les produits transformés », a annoncé le ministère de l’Agriculture dans un communiqué. Le commissaire européen à la Santé et à la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaïtis, a approuvé « le principe d’une expérimentation pendant un an (…) c’est très important parce que si on veut prendre une mesure en France il faut que ce soit conforme au niveau européen, sinon le Conseil d’Etat nous la retoquerait« , a commenté le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, à l’issue du conseil. Selon lui, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et le Royaume Uni reprendront cette idée d’étiquetage de l’origine des produits. L’Allemagne en revanche ne souhaite préciser que le pays d’abattage.

« Victoire très importante »

L’étiquetage de l’origine des viandes transformées est un cheval de bataille pour l’élevage français qui milite depuis des mois pour convaincre l’Union européenne. Le ministre avait notifié à la Commission européenne le 15 février un projet de décret autorisant une expérimentation dans l’Hexagone, pour étendre aux produits transformés l’étiquetage obligatoire de l’origine des viandes crues. Le décret fait référence à la présence d’au moins 50% de viandes ou de lait dans le plat concerné. Pour la viande, la précision d’origine du produit définie par le décret s’applique au « pays de naissance, d’engraissement et d’abattage » de l’animal. S’agissant du lait, elle concerne « le pays de collecte, de conditionnement et de transformation ».

L’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir a salué « une première victoire très importante »: pour Olivier Andrault, son chargé des questions agroalimentaires, cette décision « montre un infléchissement majeur de la position de la Commission européenne, alors qu’elle s’était jusqu’à présent alignée sur la position des industriels de l’agro-alimentaire ». « Notre dernière enquête début février montrait bien que le volontariat des industriels ne marche pas puisque plus d’un produit sur deux n’indique toujours pas l’origine » dans les plats préparés. A l’échelle communautaire, 90% des consommateurs refusaient la proposition précédente de la Commission portant sur une vague mention « d’origine UE ou non-UE » insiste-t-il.

Plus d’un produit sur deux (54%) ne mentionne pas la provenance

Subsiste néanmoins une question, pointe M. Andrault: « Quels sont les produits concernés par cette mesure? Certains sont exclusivement à base de viande comme les saucisses, ou de lait, comme les fromages. Mais que se passera-t-il avec des lasagnes préparées qui comportent parfois des pourcentages de 10 à 20% de viandes : seront elles aussi concernées ? » demande-t-il. L’étiquetage des viandes crues a été rendu obligatoire au 1er avril 2015 au sein de l’Union européenne, mais dépend du bon vouloir de l’industriel quand la viande a été préparée pour intégrer des sandwichs, des plats cuisinés ou de la charcuterie. Selon UFC-Que Choisir, plus d’un produit sur deux (54%) ne mentionne pas la provenance de la viande qu’il contient. Les industriels ont argué, avec succès jusqu’ici, qu’une telle précision d’étiquetage représenterait un surcoût insupportable. Or, selon l’UFC, celui-ci serait en réalité très faible, de l’ordre de 0,7%. La demande d’étiquetage des produits transformé a été présentée à la suite du scandale des raviolis et lasagnes à la viande de cheval, frauduleusement utilisée à la place de la viande de boeuf, début 2013. La viande avait en outre effectué un périple intra-européen opaque à travers plusieurs pays avant d’être transformée.

Par Emmanuelle TRECOLLE avec Matthieu DEMEESTERE à Bruxelles pour AFP

Infographie whereismymeatfrom.eu