Europe

L’UE autorise les additifs dans la viande de kebab

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À trois voix près, le Parlement européen n’a pas réussi, mercredi, à bloquer la proposition de la Commission européenne visant à autoriser les additifs chimiques à base de phosphate dans la viande de « kebab » vendue dans l’Union européenne.

Des élus de gauche au Parlement avaient pourtant lancé une offensive pour tenter d’opposer un veto à cette initiative de l’exécutif européen, et de refuser ainsi ces additifs dans les « broches verticales » de viande congelée, rôties dans les restaurants de kebab. Dans les faits, nombre d’établissements les utilisent déjà, même si les textes européens ne l’autorisaient pas jusqu’à présent.

Le « veto » aux phosphates a été approuvé par 373 voix sur 675 votants. Mais en vertu des règles européennes, il aurait fallu qu’il en obtienne 376 (soit la majorité absolue des 751 eurodéputés) pour être adopté. Il aura donc manqué 3 voix au Parlement européen pour réunir une majorité qualifiée et bloquer la proposition de la Commission européenne et l’utilisation d’acide phosphorique, de diphosphates, de triphosphates et de polyphosphates dans la viande de kébab. « C’est une défaite pour la santé des consommateurs européens et tous les amateurs de kebab à travers l’Europe ! » a réagi l’eurodéputé Eric Andrieu dans un communiqué. « Nous ne sommes évidemment pas opposés au kébab mais contre ces additifs qui mettent en danger la santé de nos concitoyens » explique le porte-parole des sociaux-démocrates à l’agriculture. Avant de rappeler qu’ «en 2012, une étude européenne a pourtant clairement démontré le lien entre l’absorption d’additifs phosphatés dans les aliments et l’augmentation du risque cardiovasculaire! »

Le commissaire chargé de la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis a quant à lui assuré devant les eurodéputés qu’autoriser les phosphates dans le kebab « n’aura pas d’impact significatif sur l’exposition globale (de la population)« .  Ces additifs sont « nécessaires pour lier entre eux les morceaux de viande, pour les rendre plus homogènes lors de la congélation, et pour prévenir le risque qu’il reste des morceaux crus ou brûlés« , ce qui serait dommageable en termes de goût, a fait valoir le commissaire, pour qui il n’existe aucune alternative à ces produits. Plusieurs médias européens, notamment en Allemagne, avaient donné un large écho à cette initiative anti-phosphates, parfois en la déformant: le quotidien populaire allemand Bild avait ainsi affirmé, à tort, que le Parlement européen s’apprêtait à interdire les kebab. Une inquiétude relayée dans l’hémicycle par la députée conservatrive allemande Renate Sommer, qui s’est émue des « milliers d’emplis » en jeu, selon elle.

Si les additifs chimiques dans les kebab étaient « si dangereux pour la santé, ça fait longtemps que nous serions tous très malades« , a-t-elle raillé. A l’inverse, pour sa compatriote sociale-démocrate Susanne Melior, l’autorisation délivrée par la Commission européenne est « précipitée et inutile ». Selon elle, il aurait été plus judicieux d’attendre que l’Autorité européenne de sécurité des allemands (EFSA) rende publique, en principe dans un an, sa nouvelle évaluation de l’éventuelle nocivité des phosphates. Même regret de la part du Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc): le vote du Parlement européen est une « mauvaise nouvelle », car « il y a des inquiétudes quant à l’impact des additifs phosphatés sur la santé« , a estimé sa directrice générale, Monique Goyens. Certains industriels « parviennent à fabriquer des kebabs et gyros sans phosphates, et doivent servir d’exemple« , a-t-elle fait valoir dans un communiqué. L’usage des additifs étant désormais autorisé, les restaurateurs qui servent de la viande au phosphate doivent au moins être tenus d’en informer les consommateurs, a-t-elle réclamé.