Politique

États-généraux, la diplomatie Macron à l’épreuve de l’agriculture

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Permettre aux agriculteurs de vivre dignement, freiner la guerre des prix dans la distribution, répondre aux nouvelles attentes des consommateurs à la recherche de qualité: au pays de la gastronomie, le gouvernement lance à partir de jeudi les premiers « États généraux de l’alimentation ».

Avec plus de 500 participants le premier jour, la présence du Premier ministre et celle du Président de la République, l’opération qui s’étalera jusqu’à fin novembre, a un but: tenter de réconcilier, d’organiser et d’améliorer une filière agroalimentaire française éclatée qui a perdu sa boussole, tiraillée entre des objectifs contradictoires. « Il y a aujourd’hui un alignement des planètes avec des acteurs économiques qui reconnaissent que le contexte ne peut plus durer« , assure Christiane Lambert, présidente du principal syndicat agricole, la FNSEA. L’objectif des Etats généraux, annoncés par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle, est de permettre le « partage » équitable de la « valeur ajoutée » des produits alimentaires entre agriculteurs, industriels de l’agroalimentaire et grande distribution, tout en faisant la promotion d’une alimentation saine, sûre et durable. Car depuis trois ans, la crise s’acharne sur le monde agricole qui ne parvient plus à vivre de son travail. L’an dernier, la moitié des agriculteurs ont gagné moins de 350 euros par mois, selon la MSA, la Sécurité sociale des agriculteurs, tandis que la contribution du secteur au produit intérieur brut français chutait de 8,4%, selon l’Insee.

6 lois en 13 ans

Pour les syndicats agricoles, le vrai sujet, c’est la main-mise qu’a pris la grande distribution sur la chaine de valeur aux dépens des producteurs, mais aussi des industriels de l’agroalimentaire, en se livrant à une guerre des prix sans merci. La Confédération paysanne demande un encadrement du partage de la valeur ajoutée « par un arsenal législatif », en changeant la Loi de modernisation économique (LME) de 2008, qui, bien qu’amendée par la loi Sapin II, ne donne pas de vrai pouvoir aux producteurs sur les prix face aux géants de la distribution. La Coordination rurale s’en prend plutôt au système des coopératives, dont certains géants sont accusés d’avoir oublié leurs adhérents -les paysans- pour se lancer dans l’industrie tous azimuts. La grande distribution dit elle-même ne pas se retrouver dans une guerre des prix qui au fond ne fait qu’appauvrir tout le monde. L’Ania qui représente les industries agroalimentaires estime que la filière a perdu 3 milliards d’euros depuis 2014: le prix moyen du kilo de yaourt a ainsi baissé de près de 2% entre 2008 et 2016, selon Nielsen. Sur le banc des accusés, le président de la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD), Jacques Creyssel répond qu’il faut surtout « simplifier le droit » des relations commerciales. « On a eu 6 lois en 13 ans », fait-il valoir.

Collaboration active des citoyens-consommateurs

Michel-Edouard Leclerc, président du groupement de supermarchés E. Leclerc, et premier partisan des prix bas, ajoute que ces États généraux vont remettre « chacun en responsabilité« , producteurs, transformateurs et distributeurs. Mais pour la puissante fédération des coopératives hexagonales, Coop de France, changer une loi ne sera pas suffisant. « Le prix est une des composantes majeure des revenus, mais ce n’est pas la seule. Nous avons besoin de nous interroger sur la performance de notre agriculture et sur sa compétitivité« , lance Michel Prugue, président de Coop de France. L’agriculture, en pleine mutation, doit mieux s’organiser, investir et innover, ajoute-t-il. « Quand un distributeur dit que tout le monde a le droit d’avoir accès au bio au prix de l’agriculture conventionnelle, il tue la dynamique économique qu’il y a derrière« , dit-il en demandant que les États généraux redéfinissent le coût à payer pour les différentes formes d’alimentation. Pour cela les agriculteurs comptent sur la collaboration active des citoyens-consommateurs. Alors que les associations environnementales s’inquiétaient d’être exclues du débat, les acteurs du monde agricole comptent sur eux. Selon Mme Lambert, son syndicat va proposer une « main tendue aux consommateurs » et un « double pacte économique et sociétal« : « quelques centimes de plus pour rentabiliser et moderniser les exploitations et ainsi mieux répondre aux attentes qualitatives avec plus de bien être, plus d’environnement… » « Mais l’un ne va pas sans l’autre« , clame-t-elle, « c’est du donnant-donnant« , car « quand les comptes sont dans le rouge, c’est difficile d’être plus vert« .