Edito

L’agro-écologie doit s’imposer, et vite

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En mai, une jeune agricultrice mettait le net en émoi : la jeune Anaïs, superbement filmée par Marion Gervais (voir le film ici), raconte dans un documentaire son envie un peu folle de produire tisanes et plantes médicinales biologiques sur un lopin de terre breton. Derrière cette jolie histoire, Anaïs dit aussi la difficulté de s’installer aujourd’hui, de trouver des terres cultivables qui ne soient pas hors de prix, de vivre d’une petite production de qualité… Un témoignage poignant et salutaire, qui vient télescoper la conférence très officielle de Stéphane Le Foll, mardi 17 juin. Sous les ors du ministère, le ministre de l’Agriculture a voulu remettre l’accent sur l’agro-écologie, le grand projet de sa mandature. Il a répété sa volonté d’un changement global, avec une meilleure formation des paysans aux principes de l’agriculture durable, une protection de la biodiversité, mais aussi un réel soutien et accompagnement, y compris financier, pour ceux qui veulent produire propre et mieux.

Prenons-le au mot, pour ne pas que cet ambitieux programme n’étouffe sous les bilans à mi-parcours, mais change profondément la manière dont on cultive et produit en France. Pour que les Anaïs, amoureuses de leur métier, puissent avoir accès au foncier agricole, denrée de plus en plus rare, grignoté chaque seconde par l’étalement urbain. Pour éviter à cette belle idée de l’agro-écologie le sort du plan de réductions des produits phytosanitaires, qui, « ne nous le cachons pas, patine », selon les mots de Jean-Claude Bévillard, président de France nature environnement, au Ministre (voir ici notre article sur le sujet). Pour réconcilier, comme l’a souligné le président de l’assemblée permanente des chambres d’agriculture Guy Vasseur, une société soucieuse de ce qu’elle mange et des agriculteurs inquiets pour leur revenus.

Dès septembre 2014, des aides spécifiques devraient être accordées aux jeunes qui cultivent selon les principes de l’agro-écologie. Combien pourront en profiter ?  Sur quels critères et pour quel montant? Les règles ont changé depuis la nouvelle PAC, les aides n’étant plus accordé selon une surface minimale obligatoire, mais bien sur une activité et des critères environnementaux plus clairs (avec un soutien au bio et à la rotation des cultures par ailleurs réaffirmé). La nouvelle Loi d’avenir agricole, normalement votée cet été, doit consolider ces enjeux. Les Régions, dans le cadre de la décentralisation, seront également mobilisées pour redistribuer les aides européennes issues des programmes de développement rural. Le ministre l’a promis : 2014 sera l’année fondatrice de l’agro-écologie et l’objectif est d’avoir une majorité des exploitations engagées dans dans cette voie d’ici 2025.

Anaïs aura alors 34 ans. Elle veut croire que le monde agricole bouge, nous aussi.