Climat

On n’a jamais connu d’hivers aussi froids … Alors le réchauffement climatique après ça?

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Des affirmations comme celles-là, on en entend à foison. Que ce soit au bistrot ou dans les médias. Parler de la pluie et du beau temps, c’est s’en remettre aux prévisions météo. Quant aux questions liées au climat et à leurs répercussions sur nos modes de vie… C’est une toute autre histoire… Alors, à six mois de l’ouverture de la Conférence climat 2015, qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre prochains au Parc des expositions Paris-Le Bourget, Alimentation Générale a décidé, chaque lundi, d’ouvrir le débat en donnant la parole à des chercheurs, climatologues, journalistes, experts qui, chacun, déconstruiront à leur tour une ou plusieurs idées reçues sur le climat.

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« Cette affirmation sur la relation entre une période froide et un supposé réchauffement climatique est l’une des principales idées reçues sur le changement du climat. Il y a encore quelques semaines, une équipe de l’émission Télématin, diffusée sur France 2, est venue suivre mes travaux dans le vignoble bordelais. A l’annonce du reportage, William Leymergie a dit, le plus naturellement du monde, qu’en matière d’agriculture comme en matière de modes de vie, il y avait « toujours l’excuse du changement climatique », quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse… Dans l’opinion et dans les médias, cette tendance est renforcée par le fait que les quinze dernières années comptent parmi les plus chaudes de l’histoire de l’humanité – avec un record pour 2014, année la plus chaude sur l’ensemble de la planète.

Mais, parler de la météo et de son ressenti sur un hiver plus froid ou un été plus chaud, ce n’est pas parler du climat. Alors que la météo est l’instantané de la sensation ressentie sur une courte durée, le climat permet de mesurer sur le long terme des évolutions de température sur des zones restreintes ou globales. Or, pour comprendre cette différence, il faut savoir distinguer les notions de « variabilité » et de « variation ». La première pointe des épisodes critiques comme les canicules des étés 1976 ou 2003. La seconde permet de mesurer l’impact du changement climatique d’un territoire sur des périodes plus longues grâce à ce qu’on appelle les « normales climatiques ». Ces dernières sont des produits statistiques calculés sur des périodes de trente ans. A cette échelle, elles permettent de caractériser le climat sur une longue période et servent ainsi de référence climatique qui montre, contrairement aux idées reçues, qu’en France, depuis 1950, ce ne sont pas les journées d’hiver qui ont augmenté mais bien le nombre de journées estivales : de quatre jours tous les dix ans à Paris et de cinq jours tous les dix ans à Toulouse. »

Par Hervé Quénol, géographe-climatologue, directeur de recherche CNRS et coordonnateur du projet européen LIFE-ADVICLIM sur l’impact du changement climatique sur la viticulture européenne.