Climat

En 2050, les grands crus de Bordeaux et de Bourgogne vont disparaître

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Des affirmations comme celles-là, on en entend à foison. Que ce soit au bistrot ou dans les médias. Parler de la pluie et du beau temps, c’est s’en remettre aux prévisions météo. Quant aux questions liées au climat et à leurs répercussions sur nos modes de vie… C’est une toute autre histoire… Alors, à six mois de l’ouverture de la Conférence climat 2015, qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre prochains au Parc des expositions Paris-Le Bourget, Alimentation Générale a décidé, chaque lundi, d’ouvrir le débat en donnant la parole à des chercheurs, climatologues, journalistes, experts qui, chacun, déconstruiront à leur tour une ou plusieurs idées reçues sur le climat.

vigne

« Le calcul des indices bioclimatiques, réalisé en fonction des différents scénarios établis par le Groupe international d’étude sur le changement climatique (Giec), a montré d’importantes modifications sur la répartition mondiale des vignobles à l’horizon 2070-2100. Avec, pour principales conséquences : la disparition de certaines zones viticoles, comme au sud de l’Australie ou dans certains pays méditerranéens, et l’avènement de nouveaux terroirs, notamment en Europe du Nord, avec le Danemark, la Suède ou encore la Grande-Bretagne. Pour l’instant, ces résultats se traduisent par une augmentation de tous les indices liés à la température. Augmentation cumulée à un déficit en eau qui va rapidement engendrer une modification de la structure climatique des zones cultivées en vignes.

Si l’on prend les régions du sud du bassin méditerranéen où, pour l’heure, les différents facteurs climatiques démontrent la pertinence de la production de vins dans la période actuelle, ces derniers pourraient évoluer négativement, entraînant une diminution progressive de la viticulture à partir de 2020. Dans plusieurs régions viticoles de la péninsule ibérique et de la France, des simulations montrent même une diminution de l’aptitude viticole à l’intérieur des terres et un déplacement de la vigne vers la côte atlantique qui devrait rester un refuge local jusqu’en 2050.

A la lecture de ces projections, peut-on pour autant affirmer que les grands crus du bordelais ou de la Bourgogne vont disparaître d’ici à 35 ans ? Non. Parce que si ces différents travaux ont pour objectif de faire des estimations sur la viticulture future, ils ne permettent pas d’en tirer de telles conclusions. Pourquoi ? Parce que, d’une part, ces modèles comportent une grande part d’incertitude, notamment du fait qu’il n’est pas possible de valider les résultats sur des périodes allant au-delà de trente ans. D’autre part, parce que les indicateurs bioclimatiques ne sont pas les seuls facteurs conditionnant le bon développement de la vigne. Pour faire du vin, il ne faut pas uniquement un bon climat. Il faut aussi l’intervention de l’homme.

Des méthodes d’adaptation de la viticulture, déjà mises en œuvre en Amérique latine ou en Afrique du sud, qui sont différentes suivant l’intensité des modifications climatiques touchant chacun des pays viticoles concernés. Par exemple, en Europe de l’Ouest, à court et à moyen terme, les méthodes d’adaptation mises en œuvre par les vignerons concernent déjà des modifications de techniques culturales : entretien du sol, date et type de taille, interventions sur le feuillage etc. A plus long terme – et si l’augmentation des températures moyennes est supérieure à 4 ou 6°C – la viticulture européenne devra opter pour une évolution de l’encépagement ainsi que pour l’utilisation de l’irrigation qualitative de précision en zone critique – pour l’heure interdite en France. Préservant ainsi les grands existants. Et permettant même à des vignobles comme ceux du Val de Loire de produire un vin de très bonne qualité. »

Par Hervé Quénol, géographe-climatologue, directeur de recherche CNRS et coordonnateur du projet européen LIFE-ADVICLIM sur l’impact du changement climatique sur la viticulture européenne.