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Quinoa et butternut : quand le bio dope l’alimentation infantile

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Petits pots, compotes en gourdes, biscuits, lait en poudre et céréales… L’alimentation infantile a beau avoir considérablement élargi sa gamme, elle ne réussit plus à faire décoller ses ventes. Sauf quand elle est bio : là ses taux de croissance font rêver.

Selon le panéliste IRI, la nourriture pour bébé dite « conventionnelle » n’a plus le vent en poupe. Sur les cinq premiers mois de 2017, son chiffre d’affaires a connu un repli de 3% (à 842,67 millions d’euros), tandis que son pendant bio enregistrait une hausse de 30%. Et la marge de progression est énorme puisque avec 10% de parts de marché pour la « babyfood » bio, la France est encore loin de l’Allemagne, où elle est majoritaire.

Fondateur de la marque Good Goût, Mickaël Aubertin, rencontré au salon des produits biologiques Natexpo qui s’achève mardi, fait partie de ces jeunes pères venus au bio à la naissance de leur premier enfant, comme c’est le cas du quart des consommateurs. « Tout est parti de mon ressenti de papa, je me suis demandé vaut-il mieux cuisiner soi-même un petit pot au détriment du temps passé avec mon enfant, ou acheter des petits pots tout prêts mais que je ne trouvais pas bons ? ». D’où l’idée de produire du « fait maison » 100% bio.

Créée en 2010 avec huit plats (il existe aujourd’hui une soixantaine de références), la marque Good Goût se fait remarquer par le choix de ses recettes, où l’ingrédient majeur est toujours présent à 60%, et par ses emballages, souples et recyclables. La société, basée à Paris, vise un chiffre d’affaires de 13 millions d’euros cette année, en hausse de 45%, et se diversifie en proposant des goûters pour les plus de trois ans, la nouvelle tendance du secteur.

Traçabilité

Autre marque bien connue des parents écolo-responsables, Babybio, propriété de la société bordelaise Vitagermine, revendique d’être devenue cette année « la première marque bio » sur le marché de l’alimentation infantile. Et même comparé aux fabricants conventionnels, si elle reste derrière les poids lourds Nestlé (et sa marque Naturnes) et Blédina (groupe Danone), elle dépasse l’allemand Hipp, l’un des pionniers mondiaux de la babyfood avec le suisse Holle. « L’une de nos forces, c’est que nous sommes les seuls à communiquer sur la traçabilité de nos ingrédients » directement sur les emballages, explique-t-on chez Babybio, dont la croissance dépasse là aussi les 40% : les carottes viennent « des Landes » et les mirabelles « de Lorraine ».

Un étiquetage qui n’est pas sans importance auprès des parents : « l’alimentation infantile est soumise à des règles draconiennes, déjà plus strictes que celle des adultes, auxquelles le bio ajoute d’autres normes » sanitaires et nutritionnelles, explique à l’AFP le nutritionniste Adrien Bouteloup. Ainsi, dans un petit pot bio, on ne trouve ni pesticides, ni conservateurs, ni arômes artificiels, ni amidon modifié. A cette règlementation, certains surenchérissent en proposant du sans gluten ni huile de palme, avec 30% de sucres en moins, etc.

Découverte du bio par le lait

Autant de contraintes qui ne découragent pas pour autant les entrepreneurs : au hasard des allées de Natexpo, on tombe sur une ribambelle de micro-marques, telles Les P’tits chefs du bio, un service traiteur basé dans le Gers, ou Iswari, qui fabrique dans son usine de la Drôme des petits déjeuners intitulés « Petit Bouddha », coup de coeur du salon.

Le marché de l’alimentation infantile bio « est clairement attractif et tout le monde veut en profiter », souligne à l’AFP Luc Ronfard, fin connaisseur du secteur depuis une trentaine d’années. Patron de la biscuiterie Lou Bio à Manosque, il commercialise également du lait en poudre sous la marque Premibio, leader dans les magasins spécialisés.

C’est par le lait, dont la France est le premier consommateur en Europe du fait d’un taux d’allaitement bas (39% contre 66% en Italie par exemple), que beaucoup de nouveaux consommateurs découvrent le bio. Pour M. Ronfard, la fontaine miraculeuse est cependant en train de se tarir : « avec l’arrivée de la grande distribution, on assiste à une baisse des valeurs du bio », affirme le chef d’entreprise, prédisant à court terme un marché de la babyfood « à deux vitesses ».

Par Laure BRUMONT pour AFP