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Le millet retrouve les champs français

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Abandonné au début du siècle dernier, le millet est de nouveau cultivé, notamment dans l’Ouest. Très résistant à la sécheresse, il permet aux paysans de se réapproprier des savoirs oubliés, avec, en ligne de mire, une réponse au changement climatique. Cette année, une vingtaine de producteurs ont semé du millet, quasi tous en bio. Ils n’étaient que 7/8 en 2015. Et si, pendant longtemps, la filière importée a dominé (Ukraine, Chine, Canada…), depuis deux ans, il est plus aisé de trouver du millet français dans les magasins bios.

Machecoul, à une quarantaine de kilomètres au sud de Nantes. Sous les timides rayons de soleil de cette fin août, Annie Ong, Martine Dugué et David Jubiniaux s’enfoncent dans un champ aux nuances dorés un peu particulier… « Le millet est superbe, je pense qu’il ne faut pas tarder et le moissonner avant l’orage », lance, tout sourire, Martine, cofondatrice, avec son conjoint David, de l’association Terra Millet, qui s’est donnée pour mission de fédérer autour du millet et d’accompagner les agriculteurs à la culture de cette céréale oubliée.

Martine Dugué, David Jubiniaux et Annie Ong

Martine Dugué, David Jubiniaux et Annie Ong

Avec Dominique, son frère, et Charly, le salarié, Annie élève des vaches laitières et cultive des céréales (maïs population, entre autres) en bio. Elle est aussi impliquée dans le scénario Afterres2050, groupement de chercheurs et d’agriculteurs qui réfléchit à la transition agricole, alimentaire et climatique. Et particulièrement aux graines qui permettent de diversifier l’assolement et destinées à l’alimentation humaine. « En échangeant avec nos parents, nous avons appris que les grands-parents cultivaient ici le millet », raconte-t-elle. Elle se met alors rapidement en contact avec Martine et la ferme se lance, l’an passé, dans la culture de millet. « On sème fin mai-début juin, sur un sol bien chaud pour qu’il puisse démarrer vite. Entre 90 et 100 jours plus tard, c’est la récolte ! », précise la paysanne. L’an passé, une tonne sur un demi-hectare. Cette année, certainement entre 5 et 6 tonnes sur trois hectares. Après, les choses se compliquent un peu. Il faut faire sécher, puis trier pour enlever les cailloux et enfin décortiquer, afin d’enlever la coque. « Nous envoyons à la Cuma pour le tri et dans les Deux-Sèvres pour le décorticage », poursuit Annie.

« Les paysans que nous suivons s’adaptent selon leurs équipements, explique Martine. C’est une filière qui renaît donc tout est à mettre en place, au fur et à mesure. » Le millet en France, ce n’est pas nouveau. « Au Moyen-âge, c’était un des principaux grains consommés. Et la Vendée (à quelques pas de Machecoul, ndlr) fournissait la moitié de la production nationale jusqu’à l’entre-deux guerres », précise Martine. « Il se mangeait beaucoup en dessert, à la manière du riz au lait », ajoute David. Puis il a disparu, petit à petit, au profit du maïs et du blé, plus rentables mais plus gourmands en eau.

« Acte politique et militant »

Les mains effleurant les épis, Annie sourit : « En faisant ça, on se réapproprie les savoir-faire, ceux qui nous ont été volés par les semenciers. L’an passé, c’est un paysan vendéen qui nous a fournis en semences et désormais, nous sommes autonomes. C’est un acte politique et militant ! On se complique un peu la vie, mais on expérimente, collectivement, et on donne du sens à notre métier ! » L’idée, bien sûr, c’est aussi de s’adapter au changement climatique en cours. Le millet ne réclame pas de produits phytosanitaires, a besoin de peu d’eau et est donc très résistant à la sécheresse. « Plutôt que de s’obstiner à vouloir créer des variétés hybrides ou OGM conçues pour pousser de manière standard partout dans le monde, ne serait-il pas mieux de s’intéresser aux vrais potentiels des espèces ? Chaque lieu de culture dispose de plantes qui sauront se défendre et évoluer plus facilement selon le climat, la nature du sol… », détaille David.

« Le consommateur doit aussi faire l’effort d’aller vers ce type de produits, pour soutenir l’agriculture de demain tout en diversifiant son alimentation », poursuit Martine. Annie, qui écoule son millet en vente directe, est confiante : « La prise de conscience est en cours. Mes clients sont curieux et je suis ravie d’entendre certains d’entre eux me dire qu’ils connaissent le millet parce que leurs grands-parents leur en cuisinait… »