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Emmanuel Besnier, PDG de Lactalis, sort mollement de son silence

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Acculé par l’ampleur de la crise qui touche désormais 85 pays, le PDG de Lactalis sort de son silence dans un entretien dans le JDD. Emmanuel Besnier y fait le minimum syndical en s’apitoyant sur « des bébés de moins de six mois« , qui sont pour lui « une très grande inquiétude« .

Après la rencontre vendredi à Bercy entre M. Besnier et le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, le groupe Lactalis avait ordonné la reprise de tous les lots de lait infantile produits dans son usine de Craon (Mayenne), élargissant encore les rappels successifs lancés depuis début décembre. Le patron du groupe a affirmé avoir lui-même proposé au gouvernement cette mesure qui s’étend à 83 pays. « Il faut mesurer l’ampleur de cette opération : plus de 12 millions de boîtes sont concernées« , a-t-il révélé, assurant que les distributeurs n’auront plus à trier. « Ils savent qu’il faut tout retirer des rayons« .

Interrogé sur les « centaines » de plaintes déposées par des parents de nourrissons dans toute la France, et alors qu’une enquête préliminaire a été ouverte fin décembre par le pôle santé publique du parquet de Paris notamment pour « blessures involontaires » et « mise en danger de la vie d’autrui », M. Besnier a assuré qu’il ne cacherait rien, comme s’il avait encore aujourd’hui les moyens de cacher quoique ce soit.

Pas de manquements

« Il y a des plaintes, il y aura une enquête, nous collaborerons avec la justice en donnant tous les éléments qu’on nous demandera. Nous n’avons jamais pensé agir autrement« , a-t-il promis. M. Besnier, dont la discrétion est légendaire (voir notre édito ici), n’était pas venu s’exprimer face aux journalistes lors de sa visite à Bercy, entrant même par une porte dérobée. La contamination à la salmonelle dans l’usine de Craon avait été révélée début décembre au public. Selon M. Besnier, les résultats des analyses situent le problème « probablement » au cours du premier semestre 2017. Or, au premier trimestre, « nous avons fait des travaux dans cette usine. À cette occasion, la bactérie peut avoir été réintroduite à l’intérieur des installations« , a-t-il suggéré. Les distributeurs, dont certains ont continué à vendre des produits potentiellement contaminés après l’annonce de leur retrait, avaient déjà été convoqués à Bercy jeudi soir. Le patron des centres E.Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, a évoqué jeudi une « défaillance » des services de l’État.

« Aujourd’hui, nous nous concentrons sur nos responsabilités et pas sur celles des autres« , a répondu le patron de Lactalis, qui n’a pas voulu désigner de responsables. « Notre métier, c’est de mettre des produits sains sur le marché« , a-t-il affirmé. « Si cela n’a pas été le cas, c’est notre responsabilité« , a-t-il reconnu, soulignant toutefois qu’à son sens, « il n’y a pas eu de manquements de notre part sur les procédures« .

La stratégie de communication de crise du PDG de Lactalis est évidemment plus que contrainte. Il doit se concentrer sur le présent et surtout poser les « manquements » sur un plan purement technique pour ne jamais mettre en perspective son rôle et sa place dans la distribution de lait en France et en Europe aujourd’hui.
Par Antonio RODRIGUEZ pour AFP