Économie

Fromage et dessert: la Vache qui rit se fiance avec Pom’Potes

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Le fromage liquide en tube est-il pour demain? Le groupe français Bel, propriétaire de La Vache qui rit et Boursin, a annoncé lundi son intention d’acquérir le groupe Mom, fabricant des compotes en gourde Pom’potes, dans l’espoir de devenir le roi des goûters de cartable et du grignotage ambulant.

Les deux groupes ont des complémentarités évidentes: l’un est plutôt fromage, avec les marques Vache qui rit, Kiri, Mini Babybel, Leerdamer, et Boursin. L’autre, plutôt dessert, avec Materne, Pom’potes, GoGosqueeZ (marque nord-américaine de compote en gourde) et Mont Blanc. En matière de stratégie industrielle, le numéro un mondial du fromage en portion est très intéressé par Groupe Mom, contrôlé depuis 2010 par le fonds d’investissement LBO France, car l’entreprise dispose « d’un savoir-faire industriel unique » après avoir « inventé la consommation en gourde« , a indiqué le directeur délégué à la présidence de Bel, Eric de Poncins, à l’AFP.

Plus de 13 000 salariés

« Notre objectif est de développer des synergies pour créer de la croissance -et non des économies- notamment en Amérique du Nord« , a-t-il ajouté. « Il n’y a aucun projet d’écrasement de structure, Groupe Mom va rester indépendant« , a-t-il affirmé. Si les négociations engagées le 29 juillet avec LBO France pour le rachat de sa participation de 65% dans groupe Mom aboutissent, comme il est prévu, avant la fin de l’année, les dirigeants actuels de Groupe Mom, qui détiennent 35% de son capital, resteront à bord du nouvel ensemble. « Nous prévoyons d’avoir recours à un crédit pour le financement de l’acquisition, mais très léger, qui n’affaiblira ni notre capacité financière ni notre capacité d’investissement« , a précisé M. de Poncins. Bel emploie 12.000 personnes dans une trentaine de pays et dispose de 30 sites de production, quand Mom emploie 1.300 collaborateurs, avec deux usines françaises et deux usines américaines, l’une dans le Michigan, l’autre dans l’Idaho, un des premiers états producteurs de pommes aux Etats-Unis. Le montant de l’acquisition n’a pas été divulgué.

Activité ralentie en zones de guerre

Groupe Mom, qui a doublé de taille au cours des cinq dernières années, a réalisé un chiffre d’affaires de 362 millions d’euros en 2015. Quant à Groupe Bel, il a annoncé lundi un bénéfice net semestriel en hausse de 19,1%, à 111 millions d’euros. Au premier semestre, son chiffre d’affaires est resté stable à 1,449 milliard d’euros, après un recul de 4,8% en Europe sur le seul deuxième trimestre à 384 millions d’euros, en raison de la baisse des prix et d’un effet de change négatif. Son volume d’affaires a aussi été affecté « dans les territoires touchés par les conflits »: Irak, Libye, Syrie, Yemen, traditionnellement gros consommateurs de Vache qui rit. Mais le chiffre d’affaires Moyen-Orient-Afrique est resté en très légère progression (+0,6%) à 203 millions d’euros au deuxième trimestre, avec une « dynamique de croissance des volumes soutenue » selon le communiqué. Les ventes de Kiri en Arabie Saoudite ont notamment connu un très fort développement. Pour l’avenir et les synergies potentielles, « nous avons beaucoup de projets« , a indiqué M. de Poncins. Si pour l’instant aucun projet de Vache qui rit en tube n’est évoqué, le groupe prévoit de lancer bientôt des produits lactés en gourde. « Les gourdes Montblanc vont arriver après l’été« , a dit M. de Poncins. Dans le jargon de l’industrie, on appelle cela un « yaourt ambiant », c’est-à-dire qu’il n’a pas besoin d’avoir une chaîne du froid aussi stricte que celle d’un yaourt classique pour assurer sa conservation. Le succès mondial de la Vache qui rit, notamment dans les pays chauds, tenait précisément au fait qu’elle est facile à transporter, et qu’elle supporte sans s’altérer des interruptions dans la chaîne du froid.
Par Isabel MALSANG pour AFP