Filières

Cornichons français, le retour?

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L’entreprise franco-suisse Reitzel a fait le pari de relancer la culture du cornichon en France, où elle a quasiment disparu au profit du cornichon indien, en passant des contrats avec les agriculteurs qui travaillent avec elle.

Il y a 25 ans, des cornichons étaient produits en France, mais comme il n’est possible d’y faire qu’une seule récolte par an, quand en Inde on peut en faire trois, « progressivement les industriels de l’époque sont allés se fournir en Inde. Les producteurs français n’avaient plus de débouchés et la culture a disparu », raconte à l’AFP le directeur général de Reitzel, Emmanuel Bois.

Aujourd’hui, 80% des 60 millions de bocaux de cornichons vendus chaque année en France viennent d’Inde, et 20% des pays de l’Est. Il reste une toute petite production nationale : 1.424 tonnes de cornichons produits sur 116 hectares en 2016, selon Agreste, le service statistiques du ministère de l’Agriculture. Une production artisanale « vendue en épicerie fine », selon M. Bois.

Dans ses deux usines françaises, d’où sortent 25 millions de pots par an, Reitzel va produire en 2017 sous la marque Le Jardin d’Orante 400.000 bocaux de cornichons issus des exploitations de cinq agriculteurs qui ont tenté l’aventure avec l’industriel, contre 110.000 en 2016, année du lancement de l’initiative. « Moi tout seul, je n’aurai pas pu commercialiser les cornichons et Reitzel cherchait des producteurs qui connaissaient déjà un peu cette culture », raconte Olivier Corbin, l’un des agriculteurs sarthois en contrat avec l’industriel. « Mes parents en faisaient, donc je connais cette culture là », explique-t-il à l’AFP.

Mais, s’il s’est lancé c’est parce qu’il « avait une garantie derrière : Reitzel s’est engagé sur un prix et un volume minimum récolté ». Et l’engagement va plus loin : « Nous avons pris sur nous de les assurer, s’il n’y a pas de cornichons produits, ils ne perdent pas d’argent », assure M. Bois. L’année dernière, en raison des inondations en juin, « j’ai perdu pas loin de 50% de la récolte », raconte M. Corbin, et Reitzel « a remboursé ce qu’on avait mis pour mettre en place la culture et un petit plus pour valoriser le temps de travail », assure-t-il.

La contractualisation, qui est l’un des thèmes majeur des États généraux de l’alimentation, va plus loin, puisqu’elle intègre également les distributeurs.

Recréer une filière « durable »

Selon M. Bois, « l’opération n’aurait pas été possible sans l’appui des distributeurs. Dès la première année, nous avions un accord avec Intermarché, Carrefour et Monoprix qui ont accepté de prendre les deux produits qu’on proposait ». L’ambition de Reitzel était en effet de recréer une filière industrielle française « durable donc rentable ». Or les cornichons sont très chers à récolter et « avec des agriculteurs payés le juste prix il faut des volumes donc des produits vendus à des prix acceptables », rappelle M. Bois.

Quand 1 kilo de cornichons venu d’Inde arrive à l’usine au prix de 1 euro, les cornichons français sont eux à 5 ou 6 euros le kg. « Mais si le bocal était vendu 6 fois plus cher on ne le vendrait jamais, donc on a baissé notre marge et fait bénéficier les agriculteurs français de notre productivité », indique M. Bois. Résultat, les prix des cornichons français en rayon sont un peu plus élevés que ceux des cornichons indiens, mais ne sont pas pour autant multipliés par six.

Pour Reitzel, cette opération reste donc un défi : « si on n’a pas de volume, on est mort car les frais fixes sont importants », mais aussi une fierté : « ça montre ce qu’est la philosophie de la boîte », raconte son directeur-général. Et Reitzel France, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 34 millions d’euros en 2016, ne manque pas d’ambition : « aujourd’hui, avec les cornichons français, on flirte avec 1% du marché et l’ambition est d’atteindre 10% dans une dizaine d’années », en doublant chaque année la production, selon le directeur général.

Mais derrière cela, il y a un « enjeu éducatif, il faut faire comprendre la différence aux consommateurs qui achètent de façon mécanique ». Le groupe a donc mis en ligne des webdocs qui expliquent sa démarche.

Par Emmanuelle TRECOLLE pour AFP