Distribution

États généraux de l'alimentation

Leclerc critique, la FNSEA réplique

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Le distributeur Michel-Edouard Leclerc a de nouveau critiqué mercredi la « manière de faire » des États généraux de l’alimentation, s’attirant une réplique cinglante de la FNSEA, signe d’une tension croissante à une semaine d’annonces décisives du gouvernement. Le remuant patron de l’enseigne E.Leclerc avait déclenché les hostilités en accusant la semaine dernière « certains industriels et des distributeurs » de préparer « des hausses de prix de 5% à 15% sur des milliers d’articles alimentaires (…) en marge des États généraux« .

Il a enfoncé le clou en affirmant qu’ »on se trompait de manière de faire » en focalisant les enjeux autour de cette question et que « la réponse par le prix n’était pas suffisante« . Celui qui a bâti sa réputation sur les prix bas aurait préféré « que les États généraux s’imprègnent et se servent de l’évolution du comportement des consommateurs » afin de pousser producteurs et distributeurs à « repositionner leur offre et créer des poches de valeur pour travailler vers une rémunération des agriculteurs« . En clair, à s’adapter à la demande pour produire mieux et vendre plus cher. Mais « ce n’est pas comme ça qu’on a posé le problème« , a-t-il regretté.

Des propos qui n’ont pas arrangé ses relations, déjà tendues, avec la FNSEA. La présidente du premier syndicat agricole de France, Christiane Lambert, a fustigé un personnage « insolent et provocateur« , à l’attitude « scandaleuse« . Depuis le sommet de l’élevage près de Clermont-Ferrand, elle a appelé le gouvernement à ne pas « mettre le genou à terre devant M. Leclerc« , alors que les États généraux de l’alimentation ont « apporté des débats nouveaux et des constats partagés« . Les solutions proposées ne font cependant pas l’unanimité: l’association UFC-Que Choisir a ainsi évalué « l’impact immédiat et colossal » d’un relèvement du seuil de revente à perte, qui se traduirait dès 2018 par une hausse de prix de « 2,4% sur les rayons concernés« , soit 1,4 milliard d’euros (voir communiqué ici).

« Culte du prix bas »

Tentant d’arrondir les angles, Michel-Edouard Leclerc a assuré à l’AFP qu’il était « d’accord pour garantir des prix plus élevés sur les produits agricoles, du moment que, par la réforme, l’État crée un cadre légal pour ces prix minimum« . Mais il ne voit « pas de raison de rajouter une augmentation des produits de consommation courante » comme « le dentifrice, le shampoing ou la tablette de chocolat« . Selon lui, industriels et distributeurs veulent « augmenter brutalement les marges » et « font passer leurs intérêts » sans « aucune retombée pour les paysans« . Son concurrent Serge Papin, patron de Système U, a déjà dénoncé un « mensonge » proféré par « certains groupes qui font du prix à tout prix« . Plus frontal, le député PS de la Mayenne Guillaume Garot a condamné les « propos outranciers » d’un Michel-Edouard Leclerc qui « cherche à faire peur pour que rien ne change« .

« Il est en train de s’isoler alors que (…) tout le monde est assez prêt à faire la paix« , a pour sa part estimé le président de l’association des industries alimentaires (Ania), Philippe Girard. Cette confrontation risque de perdurer jusqu’au 11 octobre, date à laquelle le président de la République Emmanuel Macron, qui a convoqué ces États généraux, doit annoncer les mesures retenues à l’issue de leur première phase. Il en faudra toutefois plus pour réconcilier producteurs, industriels et distributeurs, qui entameront dans la foulée leurs négociations commerciales annuelles, dont l’âpreté n’est plus à démontrer. « Beaucoup plaident pour le culte du prix bas et non pas pour aller vers un prix plus juste« , a observé la patronne de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), Nathalie Homobono, qui participait mercredi à une conférence sur ces négociations. Un événement auquel Leclerc n’avait pas répondu présent.