Distribution

L’auto-cueillette, le circuit le plus court entre producteurs et consommateurs

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Un libre-service, mais directement dans les champs : depuis 40 ans, à la Ferme du Logis, dans les Yvelines, la famille Cochin ouvre son exploitation à la cueillette par le client lui-même, circuit le plus court entre producteurs et consommateurs.

« Enfant, j’ai été sensibilisé au problème de la commercialisation. Mon père se plaignait que les pommes ne se vendaient pas. Alors je lui ai dit : pourquoi ne pas les faire cueillir par les clients? », se souvient Bruno Cochin, 63 ans, qui a repris l’exploitation familiale à Jumeauville à la fin des années 1970. Si la vente à la ferme est largement répandue en France, les exploitations ouvertes à une auto-cueillette diversifiée (fruits, légumes, fleurs, fines herbes), comme la Ferme du Logis, sont plus rares. Généralement, « les agriculteurs n’aiment pas voir quelqu’un dans leurs champs », explique Bruno Cochin, l’un des pionniers de cette pratique.

Après ses études d’agronomie, celui-ci a d’abord « pensé monter un élevage de chèvres ou d’escargots ». Avant d’opter rapidement pour les fruits rouges, « un peu un produit de luxe à l’époque », en s’inspirant de fermes visitées en Allemagne et en Autriche. Et de miser sur la communication, avec l’aide de son épouse Véronique, spécialiste en marketing.

La tendance locavore

Le succès a été immédiat. Et depuis, la diversification va bon train, surfant sur la tendance locavore et l’appétence pour tout ce qui est produit en France et traçable. « On a attiré chez nous les premiers bobos », sourit Véronique. Ouverte plus de six mois dans l’année, la Ferme du Logis propose désormais à la cueillette plus de 70 fruits et légumes de 200 variétés différentes.

Dans ce type d’activité, et bien que le circuit soit réduit au maximum, les prix des produits ne sont pas forcément « moins chers », mais ils sont « moins fluctuants », note Philippe Marguery, directeur du groupement d’intérêt économique Chapeau de paille, qui fédère 32 cueillettes en France. Et la logique n’est pas la même : « Ce qui va faire marcher l’affaire, ce sont les clients, plus que le rendement », dit-il. La Ferme du Logis a dégagé l’an dernier un chiffre d’affaires d’environ un million d’euros, à 70% grâce à la cueillette. Et le volume de clientèle y est « stable », selon M. Cochin, qui reçoit près de 30.000 visiteurs par an.

‘Comme dans le jardin de mon père’

Certains consommateurs, attirés aux débuts par un « concept original », sont restés fidèles, tel Jean-Pierre, un retraité qui vient depuis près de 40 ans : « Je fais mon marché ici. J’y passe la matinée, comme je le faisais dans ma jeunesse dans le jardin de mon père. » Les nouvelles générations ne sont pas en reste. « On va les mettre en conserves, comme faisaient nos parents en Turquie avec leur potager », explique Semra, 30 ans, venue en couple de Mantes-la-Jolie ramasser tomates, poivrons et aubergines. Anna-Maria de Kermoysan, 64 ans, venue d’une commune voisine, vante l’aspect « pédagogique » de la ferme. « Mes petits-enfants se régalent à cueillir les mirabelles, les tomates… Je leur apprends à ne pas cueillir n’importe quoi, n’importe comment ».

Mais tous les clients ne se montrent pas aussi respectueux, regrette Philippe Marguery, qui pointe un problème apparu « depuis une dizaine d’années ». « Le dimanche, certains viennent pique-niquer sur place. Parfois ils font des batailles de pommes dans les vergers, on retrouve des branches cassées… Ça crée un grand découragement chez les producteurs ». Résultat : certains maraîchers ferment leur cueillette le dimanche après-midi ou font payer l’entrée. D’autres, parfois, abandonnent. « Trop de contraintes, de pertes, de déprédations », mais aussi d’« incertitudes sur l’avenir des terres, pour ceux qui n’en sont pas propriétaires », explique Christophe Hillairet, président de la Chambre interdépartementale d’agriculture d’Île-de-France.

Dans cette région néanmoins, le nombre de fermes de cueillette semble stable ces dernières années : une douzaine, répertoriée par la Chambre d’agriculture, soit à peine plus de 0,2% des quelque 5.000 exploitations agricoles franciliennes.

Par Céline AGNIEL pour AFP