Économie

Deliveroo, l’entreprise à deux vitesses

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Alors que le Guardian annonçait dans son édition du 11 novembre dernier que le patron de Deliveroo avait doublé son salaire entre 2015 et 2016, lundi ce sera au tour de la justice de se prononcer sur le statut des livreurs dont certains gagnent 3,75 livres (4,40 euros) de l’heure.

L’heure du déjeuner vient de sonner à Camden, quartier grouillant du nord de Londres. Billy Shannon, coursier à vélo, s’apprête à accélérer la cadence pour livrer au plus vite leurs repas aux ventres creux. Vêtu de collants noirs pour faire barrière au froid automnal, le jeune homme de 18 ans, sac isotherme carré sur le dos, enfourche son vélo de course à peine une commande reçue. Contrairement à d’autres livreurs, lui est payé à la tâche, et non à l’heure. « Hier, en six heures, je n’ai fait que six livraisons. J’ai gagné 3,75 livres (4,40 euros) de l’heure seulement« , explique Billy à l’AFP. Une rémunération bien en deçà du salaire horaire minimum en vigueur au Royaume-Uni pour les 18-20 ans, fixé à 5,55 livres (6,50 euros), qui a poussé Billy à se joindre à une action collective en justice contre la plateforme de livraison de repas Deliveroo, basée à Londres.

« Nous voulons être reconnus comme des salariés à part entière, avoir droit à un revenu minimum, à des congés payés et à une protection sociale« , détaille le jeune homme au visage poupin au coeur de Camden, un des quartiers les plus vivants de Londres, connu pour son marché où s’agglutinent des touristes du monde entier. Dans la capitale britannique, la plupart des coursiers à vélo Deliveroo, l’un des leaders du secteur, sont payés 7 livres (8,20 euros) de l’heure, auxquelles s’ajoute une prime d’une livre pour chaque course effectuée. Mais à Camden, le salaire des coursiers est régi par un nouveau système qui prévoit une rémunération de 3,75 livres par livraison, sans part fixe.

Être reconnu comme salarié

« Je ne gagne de l’argent que quand je livre. Pour Deliveroo, patienter sous la pluie, ou attendre une commande les yeux rivés sur mon appli, ce n’est pas du travail« , peste Billy dans sa veste grise et turquoise, les couleurs de la start-up londonienne. Les jours précédents n’ont pas été bons mais là, les affaires reprennent, sous un ciel menaçant et au milieu des bourrasques de vent. A peine connecté à l’application de livraison, Billy reçoit sa première commande. Puis une deuxième. De quoi lui assurer 7,50 livres en l’espace d’une heure. Cycliste amateur, Billy s’est lancé dans l’activité de coursier l’été dernier, après la fin du lycée. Ses écouteurs dans les oreilles pour suivre les indications du GPS, il est venu s’ajouter à l’armée de livreurs à vélo qui fusent dans les rues de Londres.

Deliveroo ne les reconnaît pas comme des salariés, mais comme des auto-entrepreneurs, leur refusant le droit à un salaire minimum ou à des congés payés. Lundi, Billy et d’autres coursiers de Camden plaideront leur cause devant un tribunal de Londres. Si les juges tranchent en leur faveur, Deliveroo devra requalifier leurs contrats de travail. « Je me sens exploité. Pour faire le maximum d’argent, tous les coûts sont à ma charge ou à celle du restaurant. Deliveroo ne prend aucun risque« , fulmine Billy. « Ils sont là, assis dans leur bureaux, à faire des millions et des millions… pendant que, moi, je me bats à chaque course pour gagner le salaire minimum« .