Consommation

L’industrie agroalimentaire veut contrecarrer sa mauvaise image

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Avec la charcuterie cancérogène et les emballages alimentaires pollués, l’industrie agroalimentaire vient encore d’avoir son lot de « foodbashing » alors que son image reste écornée par le scandale « des lasagnes au cheval », et les professionnels se mobilisent timidement pour tenter de redorer leur blason.

Pas une semaine sans qu’une association de consommateurs n’épingle l’industrie agroalimentaire dans un média. Parce qu’elle reconstitue des jambons en mélangeant la viande de plusieurs porcs (trois ADN de porcs différents dans une seule tranche de jambon selon 60 millions de consommateurs), parce qu’elle utilise de la « chair » ou de la « pulpe de poisson », selon la CLCV, plutôt que des filets pour ses brandades, soupes et autres plats cuisinés de la mer. Un sommet avait été atteint début 2013 avec le scandale du « horsegate », de la viande de cheval utilisée à la place de celle de boeuf dans des plats préparés. Les consommateurs découvraient le peu ragoutant « minerai de viande », composé de résidus de viande bas de gamme mêlés de collagène et de graisse, en vrac et congelé, un incontournbable de l’industrie utilisé pour les plats cuisinés.

Et quelques jours après la décision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de classer les produits carnés parmi les substances cancérogènes, les professionnels de l’agroalimentaire cherchent à montrer une meilleure image d’eux. En tête de pont de la riposte : l’Ania, l’association des nationale des industries agroalimentaire. Elle lande une « consultation citoyenne » en ligne, ouverte jusqu’au 3 mars sur le site vouschangez-nousaussi.fr pour mieux comprendre les attentes des consommateurs et, à terme, batir « une charte d’engagement ». « Un fossé se creuse entre ceux qui produisent quotidiennement l’alimentation, dont les 15.789 entreprises agroalimentaires en France, et ceux qui la consomment », déplore l’Ania. « Seuls 55% des Français ont une bonne image de leur industrie alimentaire », regrette l’organisation, se basant sur un sondage commandé cet été à l’institut OpinionWay.

Plus de transparence?
Le président de l’Ania, Jean-Philippe Girard, dénonce « l’accumulation de messages anxiogènes vis-à-vis du consommateur« , alors que, souligne-t-il, « depuis dix ans on a fait des progrès considérables au niveau de l’industrie alimentaire française et qu’on nous envie notre système de traçabilité« . Pour M. Girard, « depuis le horsegate tout le monde a revisité son amont, ses fournisseurs, l’origine des produits. Cela a provoqué un véritable électrochoc dans tous les métiers« . La profession s’oriente timidement vers plus de transparence. Ainsi M. Girard cite le groupe de charcuterie industrielle Fleury Michon, qui « a fait un très bon travail pour expliquer au consommateur sa démarche surimi« . Le groupe a invité des consommateurs à venir « vérifier » le procédé de fabrication, de la pêche au colin en Alaska, jusqu’à son usine en Vendée. « C’est ça notre avenir. Celui qui ne comprendra pas ça, sera hors du marché, car aujourd’hui la sanction tombe immédiatement« , assure-t-il.

« On doit faire notre mea culpa »
Pourtant la semaine dernière encore l’ONG Foodwatch a alerté sur la contamination chimique de produits alimentaires courants comme les pâtes ou le riz par des huiles dérivées d’hydrocarbures présentes dans les emballages en carton. Dans son livre « Vous êtes fou d’avaler ça », Christophe Brusset ancien trader de l’industrie agro-alimentaire, décrit aussi la fabrication de produits fumés en charcuterie industrielle à base de « fumée liquide », un arôme « qui ressemble à du goudron » qu’on dilue avant de « l’injecter dans le produit: jambon, bacon, poitrine, saucisse ». « On a quelques éléments défaillants. On a de mauvaises habitudes aussi. On doit faire notre mea culpa », a admis M. Girard ajoutant que la mise en avant de certaines de ces pratiques est « insupportable pour beaucoup d’entrepreneurs qui essayent de faire bien tous les jours ». « Il faut qu’on dise ce que l’on fait, qu’on soit dans une information plus transparente et plus vraie », explique le président de l’Ania, et surtout « qu’on ouvre nos entreprises pour que les consommateurs comprennent comment se fait un plat cuisiné, une production de charcuterie ».

Emmanuelle TRECOLLE pour AFP