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Pourquoi exposer Monsanto?

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Les Rencontres de la photo d’Arles proposent une exposition consacrée au travail de Mathieu Asselin sur Monsanto, lequel fait également l’objet d’un livre. Mathieu Asselin affirmait le 6 juillet dernier dans Libération : « J’ai mis quelques années à trouver la forme adéquate et je me suis beaucoup inspiré du Monde selon Monsanto, le film documentaire de la journaliste française Marie-Monique Robin. C’est le même sujet, mais en photo. » Le film en question aura bientôt 10 ans. Alors, dénoncer, s’offusquer, se scandaliser en montrant des horreurs archi connues jusqu’à la nausée, a-t-il le moindre sens/effet s’agissant de Monsanto?

On avait déjà apprécié le remarquable travail du photographe argentin Pablo Ernesto Piovano présenté lui aussi à Arles l’année dernière à la Fondation Manuel Rivera-Ortiz. Mais au moins la Fondation affiche-t-elle la couleur : on y présente exclusivement de la photo documentaire. On accepte alors l’augure d’emmagasiner des images qui servent de base à la réflexion ou au propos que l’on a envie d’y associer. Toute autre est l’expérience des Rencontres d’Arles où Mathieu Asselin présente cinq ans d’enquête partagés entre de l’enfonçage de portes ouvertes (l’agent orange pendant la guerre du Vietnam) et de purs propos collatéraux esthétisants, à l’instar de la photo d’un antédiluvien lecteur de microfiches et des fiches qui vont avec. L’enquête et les outils de l’enquêteur, l’enquêteur se regardant enquêter.

Fiches et lecteur de fichier

Fiches et lecteur de fichier

Mais au fait, quelle enquête? Le Tribunal Monsanto dont nous vous avons longuement entretenu ici ou l’avocat des familles de victimes argentines que nous avons invité au Nantes Food Forum et dont vous pouvez retrouver notre interview vidéo ici ont aussi mouillé la chemise. Sans parler des Monsanto Papers fantastique enquête relayée en France par Le Monde. La différence est que tous ceux-là se sont demandés et se demandent quotidiennement pour quel public ils travaillent, qui atteindre pour qu’une enquête ne soit pas que pur acte destiné à finir sur les étagères d’une bibliothèque ou entre deux expositions de festival? On voit à Arles des gens rigoler en regardant les premières pubs de Monsanto que l’on retrouve également en fac-simile dans le livre, on a bien rit aussi. Idem pour le projet de la Maison du futur par Walt Disney. Travail encyclopédique fort louable et par ailleurs fort bien réalisé mais qui, au regard de l’actualité de la fusion Bayer-Monsanto en cours paraît d’une futilité absolue.

Quant au livre en format calibré pour figurer en bonne place sur votre table basse comme n’importe quelle monographie d’artiste contemporain, il vous en coûtera quand même 55€ pour pouvoir vous repaître à loisir des photos les plus terrifiantes ou vous pencher sur des documents déjà connus. Mais qui donc achète un tel objet? Non, décidément Monsanto est un dossier trop gros pour supporter une telle mise en boîte culturelle pour seulement nous délivrer le message simpliste et axiomatique : attention, Monsanto c’est mal et c’est dangereux, le tout, chez Actes sud, dans la collection Beaux Arts.

Mathieu Asselin / Monsanto : une enquête photographique dans le cadre des Rencontres de la photo à Arles jusqu’au 24 septembre
Livre, titre éponyme, Actes Sud 55€