À lire (ou pas)

Jean-Louis Schlienger et Louis Monnier

Panorama de l’alimentation de Lucy à McDonald’s

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A vouloir embrasser toutes les histoires, tous les sujets, tous les malheurs, mais aussi tous les bonheurs en 345 pages, les deux auteurs de « Heurs et malheurs de l’alimentation / De Lucy à McDonald’s » ont eu les yeux plus gros que le ventre, un livre à mettre néanmoins dans votre bibliothèque.

Avec un titre ambitieux, la première attente de cet ouvrage était de l’ordre de la pédagogie. Et c’est raté. Et pourtant, on va quand même considérer ce verre trop plein pour vous conseiller de l’acheter, de le coller dans votre bibliothèque pour en faire un très bon fond pour idées à débattre, suggestions d’autres lectures et désirs de poursuivre une réflexion sur de multiples sujets passionnants.

Entre Lucy et McDonald’s, on avouera notre net penchant pour leurs diverses mises en perspectives historiques au profit des pages consacrées à la prospective. Et pour le dire plus concrètement, si Jean-Louis Schlienger et Louis Monnier n’apportent pas grand chose au débat sur les OGM, ils excellent quand il s’agit de parler de la Grèce antique ou de l’apport de Catherine de Médicis dans l’histoire de l’alimentation.

Leur point de vue n’est pas alors celui d’historiens mais bien celui lié à leur champ de compétence d’origine : la médecine. Ils permettent souvent au lecteur de ne pas trop idéaliser, à l’instar des vertus de la cuisine crétoise, qu’ils nuancent sauvagement. « Pourtant, les textes anciens attestent que la vie n’était pas aussi facile et que la durée de vie ne dépassait guère la trentaine d’années. Seuls quelques sujets particulièrement robustes privilégiés et chanceux ayant échappé aux guerres et aux maladies infectieuses, atteignaient un âge honorable. L’image du « vieux crétois » vivant heureux et longtemps auprès de son olivier ou dans sa vigne grâce à une alimentation saine et une vie sans stress tient à l’évidence du mythe. »

Idem pour le chapitre qui nous amène de la Renaissance à la Révolution où l’on comprend notamment que notre engouement contemporain pour les légumes n’est pas franchement une nouveauté. A la renaissance, « les légumes sortirent de leur purgatoire, les potagers intégrèrent les jardins et s’équipèrent de serres. Le melon venu d’Espagne et l’artichaut introduit d’Afrique en Italie au XVème siècle s’acclimatèrent dans les cuisines des châteaux. » Ainsi, plusieurs micro-chapitres donnent de précieuses informations  historiques comme celui consacré au pain ou celui décrivant les heurs et malheurs de la pomme de terre. A ce titre, l’essai est passionnant pour son art de la synthèse historique.

La deuxième partie de l’ouvrage, plus contemporaine, naviguant entre le goût, les manières de table, la sécurité alimentaire, la publicité et le futur de l’alimentation est plus confuse. Les transitions sont parfois brutales, comme par exemple le bio, traité seulement en quatre petites pages entre les nitrates et la physicochimie dans la restauration. La hiérarchisation s’avère alors très surprenante. Néanmoins, si ces deux auteurs n’ont pas fait preuve d’un art consommé de mise en cohérence de leurs chapitres, ils ont su dégager tous les thèmes importants en posant à chaque fois les termes des débats, l’équivalent en cuisine serait un excellent fond de sauce.

Heurs et malheurs de l’alimentation / De Lucy à McDonald’s
Editions Armand Colin 2013

Illustration Studio Maentis, 99 Steps of Progress