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La Louve, le roman d’une escroquerie (réelle) en circuit court

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« La Louve » est un premier roman. Enfin disons plutôt une histoire bien réelle transformée en roman, en changeant à peine plus que les noms et en grossissant un peu le trait du personnage principal. Où l’on découvre que sur fonds vertueux de circuits courts et de produits cultivés par des passionnés, le business de la distribution bobo parisienne peut virer à l’escroquerie. Le tout sous la plume de Paul-Henry Bizon, auteur un peu pressé de ce premier roman.

Le premier roman de Paul-Henry Bizon, pose un problème ma foi fort ancien du genre romanesque. Parce que parfois, la réalité dépasse la fiction, voilà qu’un roman qui colle trop à un fait réel s’affadit considérablement pour les lecteurs qui connaissent déjà l’histoire vraie. Tous ceux en effet qui ont suivi en 2015 et en 2016 l’affaire de la « jeune rue » et celle de son instigateur flamboyant Cédric Naudon se souviennent d’une saga feuilletonnée de la meilleure facture. Le projet, largement loué dans la presse, comme par exemple ici dans l’Express Style a fini dans la rubrique des faits divers comme ici dans Le Parisien avec la mise sous les verrous de Cédric Naudon. Nos confrères spécialistes de la gastronomie et des tendances sont passé de la louange au doute pour finir la queue entre les jambes, contrits d’avoir été bernés par une telle folie. Tout ça était haletant sous sa forme journalistique. Réunir le tout en un seul ouvrage supposé de fiction enlève donc à ces lecteurs avertis tout effet de surprise, sauf l’intrigue entre Naudon (alias Sarkis dans le roman) avec Victoire, au nom bien choisi au regard de la scène finale (désolé pour le spoiler). Et puis, l’art du roman étant de faire turbiner individuellement les imaginaires, la publication dans la presse de nombreuses photos du fantasque Naudon supprime, au moins pour ce personnage, une partie du plaisir de la lecture.

Le bien manger sans compter

Reste quand même l’imaginaire d’une immense majorité de lecteurs qui n’ont jamais entendu parler de cette folle aventure et qui vont lire La Louve sans références. Pour tous ceux-là, on ne saurait trop leur conseiller de s’engager dans cet ouvrage en se disant que l’histoire invraisemblable que Paul-Henry Bizon vous raconte pourrait bien être très proche d’une réalité. L’effet est garanti, surtout si vous avez quelque peu la fibre à vouloir décrypter les  mouvements de société. De ce goût pour observer l’engouement sans limite d’une petite société, essentiellement parisienne, qui aime taquiner les gothas de la gastronomie au quotidien quel que soit le prix, en prenant parfois en otages ceux sans qui rien ne serait possible : les paysans.

Le style de Paul-Henry Bizon est encore un peu chaotique, parfois tranché à la hache dans ses liaisons. On a surtout l’impression que l’auteur ne dépasse jamais la dose prescrite en termes de descriptions ou de portraits. Comme si son éditeur lui avait dit, « Bon là coco, c’est un premier roman, tu me fais pas plus de 250 pages! » On est souvent frustré de ne pas en avoir plus sous la plume pour décoder des personnages pour le moins complexes. Mais le propos central est quand même là et Paul-Henry Bizon documente avec le plaisir romanesque une situation parfois risible (jaune), parfois tragique et qui pousse avec brio le bouchon du bien manger dans ses ultimes retranchements.

« La Louve » de Paul-Henry Bizon / Éditions Gallimard / 20€  / sortie en librairie le 31 août