Italie : 3/4 des marques gastronomiques entre des mains étrangères

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Trois marques historiques sur quatre dans la gastronomie italienne sont aux mains de sociétés étrangères, s’est désolée la Coldiretti, principal syndicat d’agriculteurs de la péninsule, après l’annonce lundi du rachat d’un producteur de vinaigre balsamique par le britannique ABF. ABF (Associated British Food), qui possède les thés Twinings, va débourser 300 millions d’euros pour acquérir Acetum auprès du fonds Clessidra. Acetum, numéro un des vinaigres balsamiques de Modène classés IGP (Indication géographique protégée, un gage de qualité), a réalisé un chiffre d’affaires de 103 millions d’euros en 2016, en exportant vers une soixantaine de pays. « C’est une occasion merveilleuse de devenir les gardiens d’un produit italien de telle réputation. Nous avons un plan de croissance ambitieux dans le monde entier », a déclaré le patron d’ABF, George Weston.

Mais la Coldiretti s’est emportée : « Trois marques historiques du Made in Italy alimentaire sur quatre sont déjà entre des mains étrangères », a-t-elle déploré sur son site internet. « Malheureusement, le changement de propriété a souvent signifié le déplacement des sources d’approvisionnement des matières premières, d’abord au détriment des cultivateurs italiens qui offrent un produit de la meilleure qualité », a expliqué son président, Roberto Moncalvo. Selon lui, l’acquisition de marques historiques a aussi conduit « à un siphonnage financier des sociétés acquises, à une délocalisation de la production, à la fermeture de sites et à des suppressions d’emplois ». Parmi les grands groupes passés sous contrôle étranger figure Parmalat, objet d’une OPA hostile du français Lactalis en 2011. La bière Peroni est, elle, passée l’an passé dans l’escarcelle du Japonais Asahi, après avoir été la propriété du Britannique Sab Miller, tandis qu’Unilever s’est emparé du glacier Grom. D’autres groupes de moindre importance dans le secteur des pâtes, du riz, de la charcuterie ou encore du vin sont passés entre des mains étrangères.

Interrogé par le quotidien économique Il Sole 24 Ore, le fondateur et président d’Acetum, Cesare Mazzetti, a dit ne pas comprendre le tollé autour d’une opération « prévisible » depuis l’entrée au capital du fonds Clessidra il y a trois ans. « La cession ne met pas en péril un produit typique du Made in Italy. Au contraire, cela le valorise parce que la production d’un IGP ne peut que rester dans le territoire », avec « des ingrédients locaux », a-t-il dit. Se réjouissant du fait qu’ABF entend « investir dans notre développement international », M. Mazzetti, qui va demeurer président, a précisé qu’aucune société italienne n’avait exprimé d’intérêt pour reprendre Acetum, des manifestations n’arrivant que de pays étrangers (Amérique, Moyen-Orient et Grande-Bretagne).